Le sport en entreprise, dans le quartier Clairmarais
- 9 nov. 2025
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Comment le sport est apparu dans l’entreprise ?
En France les premières initiatives de sport s’adressent moins aux ouvriers qu’à des personnes disposant d’un bagage scolaire, de moyens financiers et de disponibilités de temps pour la pratique sportive.
A partir des années 1820, les grands patrons d’industrie pensent qu’ils doivent autre chose que le salaire à leurs ouvriers. Ils pensent qu’ils doivent aussi s’occuper de leur condition physique et morale.
Nous pouvons citer par exemple André GODIN (1817-1888) qui est un précurseur des œuvres sociales pour ses ouvriers, mettant à leur disposition de nombreuses activités (création en 1858 du Familistère de Guise qui met à disposition des ouvriers l’habitat, la culture, les loisirs, le sport).
C’est essentiellement du côté des Grands Magasins parisiens que sont fondés les premiers clubs corporatifs, réservés aux employés (cyclisme, football).
Exemples : en1892 au Bon Marché, en 1896 l’Union de la Belle jardinière, en 1897 La Samaritaine et le BHV, Bazar de l’Hôtel de Ville.
La création de l’ASPTT en 1898 marque les prémices d’un développement du sport en entreprise, dans un contexte de politisation de la classe ouvrière.
Ainsi, dans d’autres secteurs d’activités industrielles se développe ce principe, notamment dans l’industrie automobile. De 1840 à 1900 chez Peugeot par exemple, ou la construction à MONTBELIARD du stade de la Forge en 1931, (stade Bonnal aujourd’hui), à côté des ateliers de production.
Ces principes se développent aussi en Allemagne, au Pays Bas, en Italie (Agnelli avec l’entreprise Fiat).
Cette nouvelle manière d’aborder le sport permet d’accroître la notoriété d’une marque, mais aussi de préserver une forme de paix sociale au sein des entreprises.
Les activités physiques et de loisirs vont de manière très progressive s’imposer comme un ingrédient des dispositifs paternalistes, qui consiste à fidéliser, divertir, et finalement à encadrer les initiatives des travailleurs. » (cf article Julien PIERRE)
<< Localement, nous avons aussi l’exemple de Charbonneaux qui a repris, suite à un voyage en Angleterre, cette philosophie du vivre-ensemble.>>
2 . Sous quelle forme et dans quel but s’organisait le sport en entreprise ?
C’est au 1er janvier 1909 avec la création de FSAS (Fédération Sportive Athlétique Socialiste) que le sport ouvrier français est officiellement créé.
« Aux prémices de la première guerre mondiale, les patrons deviennent extraordinairement sensibles à la comparaison entre l’équipe dans le sport et l’équipe dans le travail. Ces derniers vont alors multiplier les initiatives sociales et sportives. »
Prenons un exemple rémois : Le Collège d'Athlètes de Reims
( Avec projections de photos )
Lorsque que le Marquis Marie Charles Jean Melchior de Polignac prend la direction des caves Pommery, dont il est l’héritier, en 1902, lui vient très vite l’idée de créer un espace dans lequel les employés des caves pourraient « s'oxygéner, pratiquer des exercices physiques ».
Il va alors créer le parc Pommery, que l'on connaît aujourd'hui sous l'appellation parc de Champagne, et en 1910 la Société Sportive du Parc Pommery, club omnisports réservé aux employés des caves.
Le Marquis étant lui-même un grand sportif et convaincu des bienfaits du sport, sera membre du Comité International Olympique (CIO) dans les années 1920, et un grand artisan des JO de Paris et d'hiver de Chamonix en 1924. Il va faire venir à Reims Georges Hébert, ancien lieutenant de vaisseau et instructeur d'éducation physique de la marine nationale, qui est l'auteur d'une méthode d'éducation physique basée sur des exercices simples et reliés à la nature : la marche, la course, le grimper, le lever, le saut, le lancer, la défense ou la lutte, la natation.
Ensemble ils vont créer en 1912 le Collège d'Athlètes, ouvert à tous et non plus aux seuls employés des caves. Une ouverture et une certaine mixité se créent entre le sport « dit » ouvrier et le sport civil.
Très vite la renommée va sortir de Reims, et des athlètes se préparant pour les JO de 1916 tel Jean BOUIN, viendront profiter des installations.
En effet le Marquis de Poulignac fera construire les infrastructures nécessaires, un stade d'athlétisme, encore visible aujourd'hui, une piscine en plein air, détruite dans les années 60, et un gymnase couvert, qui ne résistera pas aux bombardements de la guerre 14-18 et ne sera pas reconstruit.
Après le premier conflit mondial, les ouvriers français « prennent goût à la lutte franche, deviennent des hommes énergiques ayant l’ambition honorable d’améliorer leur situation et celle de leur famille » (Fridenson, 1989) à l’instar du modèle américain.
On voit bien comment, au-delà de la pratique stricto sensu, le sport commence à se parer de vertus symboliques porteuses de sens. » (Julien PIERRE)
3 . Quelles évolutions le tournant social de 1936 a engendrées dans le sport en entreprise ?
Avant 1936 : il existait quelques groupements sportifs au sein d’entreprises (Peugeot en 1890, ASPTT en 1897, la Société générale en 1903, Groupement des électriciens et gaziers en 1914, Athlétic Club Citroën en 1931)…
Pour les clubs marnais;
ASPTT Reims, Clicquot Sports, AS municipale de Reims, AS Professionnels de l’hôtellerie rémoise, … Goulet- Turpin, Lanson… Panhard, Le Gazelec…..
Le véritable tournant du développement du sport en entreprise ou corporatif, c’est l’année 1936 :
Instauration de la semaine de 40h
Mise en œuvre de 2 semaines de congés payés
Obtention d’augmentation des salaires
Du temps libre a été dégagé et de fait, un besoin d’occuper ce temps libre apparaît : besoin de se retrouver en dehors du travail, de se rencontrer : aspect humain.
Les syndicats se sont saisis de cette opportunité de l’évolution des textes de lois pour structurer les sections culturelles et sportives des entreprises et ainsi promouvoir l’accès au sport et la culture pour tous.
« La Fédération Sportive et Gymnique du Travail » ( FSGT ), fondée en 1934, a principalement pris en charge son développement.
« La Fédération Sportive et Gymnique du Travail (FSGT), doublement agréée sport et éducation populaire propose une centaine d’activités physiques, sportives et artistiques, compétitives et non compétitives. Elle promeut le droit d’accès au sport de toutes et tous en se donnant comme objectif le développement de contenus d’activités, de vie associative et de formation adaptés aux besoins de la population. » (cf sur le site https://www.fsgt.org/)
Ce mouvement sportif que l’on appellera « corporatif », tant il est associé aux représentations syndicales des métiers.
Les syndicats proposent une autre conception des usages du sport précédemment évoqués et veulent rompre avec l’esprit paternaliste patronal. Des relations d’opposition entre sport patronal et sport ouvrier surgissent. Ce contexte montre comment le sport, au-delà de la paternité de sa gestion, figure au coeur d’enjeux politiques, ce qui contribuera à creuser une fracture entre les syndicats ouvriers et patronaux.
4. 1945 : qu’a apporté la formation des comités d’entreprise ?
(cf article Julien Pierre)
A la Libération la création des Comités d’entreprise (22/02/1945) donne indéniablement une nouvelle impulsion à la pratique sportive sur le lieu de travail. Le gouvernement gaulliste confie la gestion du sport en entreprise aux syndicats par le biais des Comités d’entreprise.
« Ainsi les CE donne du relief au sport en entreprise car ils offrent aux salariés, qu’ils soient ouvriers ou employés, un cadre qui est chargé de les représenter et de promouvoir la pratique » (Julien PIERRE)
L’idée que le sport est bon pour entretenir la force de travail est donc bien présente dans le milieu ouvrier, le syndicalisme CGT considérant que le sport est l’équivalent du travail.
Peu après la création des CE, l’ordonnance du 28 août 1945 stipule qu’« il importe de prévoir six heures hebdomadaires d’éducation physique également pour les jeunes travailleurs, dont la moitié sur leurs heures de travail » (Julien PIERRE)
Ainsi apparaît la prédominance des syndicats, leur but étant de soustraire la mainmise du patronat sur le sport dans l’entreprise. Les comités d’entreprise gèrent les œuvres sociales, ce n’est plus le patron qui les gère.
L’offre est encore relativement limitée, le football, la boxe et le cyclisme sont des sports de référence.
Les activités culturelles se développent dans le même temps (par exemple dans l’entreprise Chausson : voyages, club photo, camping, pêche à la ligne, etc.)
L’augmentation du nombre de pratiquants est importante, les adhérents à la FSGT dépassent les 200 000 en 1946. Il est indéniable que les « sportco » ont profité de cette nouvelle loi.
5. 1952 : Qu’a apporté création de l’Amicale des Clubs corporatifs ?
changement de mode de gestion: des syndicats au mode civil
Objectif : Quitter la FSGT (Fédération Sportive et Gymnique du Travail) pour adhérer à la Fédération Française de Football.
« Le 27 mai 1952, la création de l'Amicale des Clubs Corporatifs (ACC) sous la présidence de Marcel Berton scelle l’émergence d’une institution chargée de fédérer les associations, d’organiser et de promouvoir de manière globale et à l’échelle nationale les pratiques sportives des entreprises. Précisons qu’à l’origine, cette Amicale ne fonctionne que comme une simple association et n’a pas de vocation fédérative : elle est créée par « des gens du football » qui souhaitent que leur pratique revienne à la Fédération française de football et non à la FSGT. Un protocole d'accord avec le Comité National des Sports est malgré tout signé. Il précise que le sport corporatif sera géré au sein des fédérations par des membres « corpos élus par les corpos ». Puis l’année 1961 voit la création du Haut Comité des sports. L'arrêté ministériel constitutif, signé par Maurice Herzog, y réserve un siège à l'Amicale des Clubs Corporatifs, preuve de l’importance prise par cette association, mais aussi de la volonté du gouvernement de démocratiser le sport à une époque où l’on condamnait la faible culture des Français pour les activités physiques et sportives (Gasparini, 2000 ; Honta, 2002). Quelques années plus tard, pour mieux correspondre à sa dimension devenue nationale, l’ACC devient l'Union Nationale des Clubs Corporatifs (UNCC). Nous sommes en 1968 et l’intérêt des clubs corporatifs est de profiter de cette adhésion fédérale pour bénéficier de subventions puisqu’un accord a été passé entre l’Union National des Clubs Corporatifs et le CNOSF (Comité national olympique et sportif français). » (Julien PIERRE)
« Il faut dire qu’à la fin du XXe siècle, avec l’avènement des nouveaux usages du sport en entreprise l’étiquette « corpo » devient de plus en plus dérangeante et difficile à assumer notamment pour les dirigeants de l’UNCC.
Alain Charrance, l’ancien président de la Fédération Française du Sport d’Entreprise (FFSE), rappelle que le terme corporatif « avait une résonance à connotation syndicale. Partout où on passait, les gens nous disaient : "Ah c’est vous qui êtes le syndicat du sport en entreprise ?" ». Il se souvient que, « petit à petit, le sport corpo s’est marginalisé du mouvement sportif ». Cette coloration syndicale dérange certains dirigeants qui souhaitent s’ouvrir au mouvement sportif. C’est ainsi qu’en 1996 naît, en remplacement de l’UNCC, l’Union Fédérale du Sport d’Entreprise (UFSE). La référence corporative est alors définitivement évincée. « Le terme d’entreprise collait davantage à la réalité compte tenu de l’évolution du monde de l’entreprise ; nous, c’est le sport en entreprise dans son ensemble, sans aucune chapelle », explique Alain Charrance, président national du foot corporatif, faisant implicitement référence à la FSGT dont les affinités syndicales avec la CGT sont alors bien connues.
Dans les années 1980, se rappelle Alain CHARRANCE « c'était pratiquement 1350 équipes d'engagées en Coupe Nationale corporative, c'est une période où le football corporatif a pris toute sa dimension au niveau du monde de l'entreprise, tout le monde industriel était partant. Quand je revois encore dans ma tête toutes ces équipes je pourrais citer comme par exemple Aubert Duval de Gennevilliers, Francia à Rouen, les laboratoires Pierre Fabre-Castre. »
Un basculement se produit dans les années 80. Le football corporatif a toujours la même fonction d'une certaine manière, c’est-à-dire créer du lien social mais il n’y a plus ce modèle de la grande famille, sur laquelle trône le patron, c'est plus finalement la sociabilité des collaborateurs et collaboratrices dont il s'agit, et finalement créer un esprit d'entreprise (Paul Dietschy, historien du sport).
Alain CHARRANCE, rappelle qu’il y avait un esprit foot corpo tout simplement parce que dans un club civil, on récupère des joueurs qui viennent de droite et de gauche, tandis que pour le football corpo ce sont des garçons qui sont dans l'entreprise qui se rencontrent avec plaisir, surtout quand on a fini le boulot le vendredi soir, de se retrouver le dimanche sur le terrain, d'échanger dans un autre esprit c'est complètement différent. Ce que j'ai remarqué aussi c’est d'avoir parfois dans ces équipes de football corpo et d'entreprises des cadres qui venaient jouer avec leurs collègues qui n'étaient pas au même niveau dans l'entreprise, mais le plaisir de se rencontrer et de jouer c’est ça l’important, parce que lorsque qu’ils reprennent le boulot, chacun à sa place, ils n'oublient pas tout ce qu'ils ont vécu ensemble sur le terrain le samedi !
Dans cette mouvance, le 29 mars 2003, la Fédération Française du Sport d’Entreprise (FFSE) voit le jour. Affiliée au CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français) et membre de la Fédération Européenne du Sport d’Entreprise (EFCS_European Federation for Company Sport )» (Julien PIERRE)
6. Pourquoi en particulier le football ?
Sport d’équipe très populaire, peu de besoin en termes de matériel.
Sport de masse. Besoin de se retrouver en dehors du travail.
Dans le sport corporatif, l’aspect relationnel, humain est primordial.
« Sur une chaîne de montage, chacun a sa tâche, comme dans une équipe de football » (cf 100 ans d’histoire du Foot Corpo)
7. Et à Reims ? et à Clairmarais ?
Les matches se jouaient sur les 3 terrains du boulevard des Belges, le terrain de foot du Gazelec, rue St Charles……
Au sommet de sa gloire, le foot Corpo Marnais comptait près de 70 clubs, dont certains disposaient d’équipes « réserves », qui disputaient des championnats sur 5 niveaux.
Certaines équipes participaient au championnat régional, voire la Coupe nationale.
L’AS SOMMER SEDAN remporta à deux reprise la Coupe Nationale en 1972-1973 et 1973-1974.
PIPER en 1988-1989, remporta la Coupe Nationale, ainsi que L’ENTENTE des MUNICIPAUX de CHARLEVILLE-MEZIERES en 1993-1994.
L’AS PUM, l’AS GOULET-TURPIN, Les VMC s’y illustrèrent également.
Quand on aborde le foot en entreprise dans la Marne, l’équipe du FC CAILLOT vient rapidement en tête.
Le président du Stade de Reims et de l’entreprise éponyme s’implique depuis de longues années dans ce championnat, autrefois florissant, dans lequel les équipes défendent les couleurs de leur entreprise.
On comptait encore, il y a 30 ans, une soixantaine de clubs et quatre divisions dans le championnat Marne-Ardennes, elles ne sont plus que 6 à disputer ce championnat, en 2017.
En 2022, le FC CAILLOT, affilié « Foot d’Entreprise » remporta la Coupe Régionale du football d’entreprise des Hauts de france.
Fin















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